Sortie le 5 février 2026 sur Netflix, Les Lionnes s’inscrit dans cette nouvelle vague de fictions françaises qui tentent de conjuguer divertissement populaire et commentaire social. Sous ses airs de comédie d’action rythmée, la série explore en réalité un terrain bien plus dense : celui de la précarité féminine, de l’invisibilisation sociale et de la solidarité comme ultime arme de survie.
L’intrigue est simple : cinq femmes issues d’un milieu modeste, acculées par des difficultés financières et personnelles, décident de braquer une banque. Mais derrière l’adrénaline des casses et l’énergie des scènes d’action, la série dresse surtout le portrait d’une génération de femmes qui n’attendent plus rien des institutions. Mères isolées, salariées précaires, femmes confrontées à des violences économiques ou symboliques : chacune incarne une facette d’un malaise social contemporain.

Le contexte est essentiel. Les Lionnes ne parle pas seulement de criminalité ; elle parle d’ascenseur social en panne, de dettes qui s’accumulent, de loyers impayés et d’emplois sous-payés. Le braquage devient alors un geste narratif fort : non pas un fantasme de toute-puissance, mais un acte désespéré face à un système qui semble verrouillé. En cela, la série adopte un regard presque politique, sans jamais tomber dans le discours militant frontal.
Ce qui distingue véritablement la fiction, c’est la place accordée à la sororité. Ici, la solidarité féminine n’est pas un slogan mais un mécanisme de survie. Les héroïnes se soutiennent, se contredisent, se relèvent ensemble. Leur force n’est pas individuelle mais collective. Cette dynamique évite le cliché de la femme exceptionnelle isolée : Les Lionnes valorise l’entraide comme réponse à la marginalisation sociale.

Cependant, l’équilibre entre comédie et drame social reste fragile. Le ton léger, parfois presque burlesque, atténue par moments la gravité des thèmes abordés. Certaines situations mériteraient une exploration plus profonde : la précarité structurelle, les violences économiques, la charge mentale. La série effleure ces sujets avec sincérité, mais choisit souvent le rythme et l’efficacité narrative plutôt que la complexité psychologique.
Visuellement dynamique, portée par une distribution engagée, Les Lionnes séduit par son énergie et son accessibilité. Elle assume son statut de divertissement grand public tout en glissant un message clair : quand les structures sociales échouent, les solidarités alternatives émergent. Et ce sont souvent les femmes qui, en première ligne face aux difficultés économiques, inventent ces formes de résistance.
En définitive, Les Lionnes n’est pas une fresque sociale radicale, ni un manifeste féministe frontal. C’est une fiction hybride, imparfaite mais ambitieuse, qui utilise les codes du braquage pour raconter autre chose : l’urgence de vivre dignement, la colère contenue des invisibles et la puissance du collectif face à l’isolement. Une série qui divertit, certes, mais qui rappelle aussi que derrière chaque acte de révolte se cache souvent une histoire de survie.
Nous vous invitons à le regarder seule ou entre copines.

